
Une étude menée en Afrique du Sud montre que les piquebœufs aident les rhinocéros noirs à détecter les menaces humaines, compensant ainsi leur très mauvaise vision.
Lorsque vous vous imaginez un rhinocéros, il n’est pas absurde d’ajouter sur son dos un petit oiseau au bec pointu.
Les pique-bœufs sont réputés pour être les compagnons fidèles des mammifères à corne, s’affairant à manger tiques et autres nuisibles nichés dans les replis de leur peau dorsale rugueuse.
En swahili, le piquebœuf à bec rouge porte d’ailleurs un nom révélateur: Askari wa kifaru, littéralement «garde du rhinocéros».
Pendant des décennies, les biologistes étaient persuadés que la relation particulière entre le géant de la savane et le petit volatile relevait d’un équilibre mutuellement bénéfique: l’oiseau obtenait un bon repas tandis que le rhinocéros se débarrassait de ses parasites.
Des études ont pourtant mis au jour une autre réalité: l’appétit des piquebœufs ne fait pas réellement baisser le nombre de tiques.
Au contraire, picorer les blessures des mammifères pour se nourrir de sang frais ralentit la guérison et retarde la cicatrisation.
Une question s’impose alors: pourquoi le rhinocéros tolère-t-il un partenaire aussi envahissant?
Des scientifiques de l’Université Victoria en Australie apportent une réponse pour le moins étonnante.
En observant les espèces vivant dans le parc Hluhluwe-iMfolozi en Afrique du Sud, ils ont remarqué que la présence des piquebœufs améliorait considérablement les chances des gros herbivores d’echapper aux braconniers , particulièrement intéressés par cet imposant animal.
Entre 2011 et 2021, leur nombre a chuté de 70% dans le pays, principalement à cause du commerce illégal de la corne.
Des animaux aveugles et… menacés
«Les rhinocéros noirs sont pratiquement aveugles.
Leur odorat est incroyable et leur ouïe très bonne, mais leur vue catastrophique», explique Roan Plotz, écologiste comportementaliste et coauteur de l’étude.
Dans ce contexte, les oiseaux agissent en système d’alarme pour animaux malvoyants.
Si une menace approche, leur cri atteste du danger, comme le rapporte un article d’IFLScience.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes.
«Notre expérience a montré que les rhinocéros seuls ne détectaient la présence humaine que dans 23% des cas, détaille le chercheur.
Avec le cri des piquebœufs, ce taux grimpe à 100%.
Les hommes sont repérés à une distance moyenne d’environ soixante mètres, soit près de quatre fois plus loin que ce que les rhinocéros peuvent percevoir seuls.
» Une fois avertis, les grands mammifères se déplacent immédiatement et prennent la fuite.
Les spécialistes de la biodiversité notent qu’il est usuel pour les espèces vivant en symbiose de tolérer des effets indésirables comme le picorement de plaies lorsque le bénéfice global est supérieur.
Alors que les humains traquent sans relâche les rhinocéros, le grignotage parfois douloureux des piquebœufs semble être un petit prix à payer face à la menace de braconnage.




