83,6 % des associations ne possèdent pas plus de 100 000 euros par an , la plupart d'entre elles ont peu de trésorerie , 42,5 % d'entre elles n'ont aucune réserves financière. Les frais vétérinaires sont impactés ainsi que l'accueil de nouveaux animaux et les frais alimentaires. Les dons (. 53%) et l'adoption d'animaux (31%) représentent la majorité des revenus, les subventions sont très minoritaires. Le pire c'est lorsque une association ferme , c'est une autre association souvent elle aussi fragile qui prend en charge les animaux. De plus il y a souvent des accords entre des associations et des cabinets vétérinaires mais malheureusement avec le rachat de beaucoup de cabinets par de grands groupes avec une centralisation des cliniques vétérinaires , ces accords disparaissent peu à peu. Il faudrait créer un fond vétérinaire solidaire pour les associations.

L’association Solidarité-Peuple-Animal publie les résultats d’une enquête nationale.

Ils révèlent la grande difficulté de trésorerie de ces structures, qui menace leur travail auprès des animaux abandonnés et maltraités.

Un signal d’alarme, une responsabilité collective.

L’association Solidarité-Peuple-Animal a lancé une enquête nationale au début de cette année, auprès des 700 associations de protection animale inscrites sur sa plateforme d’adoption ethique .

Sur l’ensemble des membres -certains sont plus ou moins actifs- 402 associations ont répondu à la totalité du questionnaire.

«La conclusion importante de cette enquête, indique Katia Renard, présidente de Solidarité-Peuple-Animal, c’est qu’elle a confirmé ce que nous ressentions depuis des années.

Plus de 7 associations sur 10 -ce sont de petites associations- sont dans des situations financières fragiles voire précaires.»

Son association aide les petites associations de protection animale en les accompagnant, en distribuant de la nourriture, du matériel, des soins d’hygiène partout en France, grâce à des partenaires qui donnent de leur stock (les industriels d’aliments pour animaux de compagnie et les fabricants de matériel).

«Lorsque nous distribuons, la demande est grande, explique Katia Renard.

Nous avons distribué 700 palettes de nourriture, soit plus de 200 tonnes de nourriture, et nous étions sollicités par d’autres associations.

Les besoins sont inextinguibles !

L’objectif de ce questionnaire était de connaître leurs besoins et de voir comment y répondre.»

L’enquête nationale a ainsi permis de faire un état des lieux, de mesurer les difficultés, de voir les postes budgétaires et de tirer la sonnette d’alarme sur les dangers de ce constat.

«La protection animale en France ne peut pas reposer uniquement sur quelques-uns, alerte Katia Renard.

Cela doit être une responsabilité collective.»

Une trésorerie déficitaire

L’enquête révèle ainsi que 42,5 % des associations sondées n’ont aucune réserve financière et 23,9 % disposent de moins de trois mois de trésorerie.

Seules 6 % ont plus d’un an de réserve financière.

Ce manque d’argent oblige certaines à refuser de prendre en charge des animaux.

L’enquête précise que 83,6 % des associations disposent de moins de 100.000 € par an et même moins de 50.000 euros pour 68,4% d’entre elles.

Mais 75,5% des associations accueillent en moyenne jusqu’à 200 animaux par an.

Seules 15,2% ont un budget entre 100 et 500.000 euros.

Lorsqu’une association jette l’éponge c’est une autre association, elle-même aussi fragile, qui doit prendre en charge les animaux.

C’est le cercle vicieux de la précarité !

Katia Renard, présidente de l’association de protection animale Solidarité-Peuple-Animal

«On peut dire qu’on est tout le temps à découvert, pas sur le compte, mais auprès de nos créanciers.

L’argent qui rentre ne fait pas de trésorerie, il comble une dette.

On est nombreux dans ce cas-là» déclare Sabrina Gros, présidente de La Maison des Animaux (77) dans le communiqué de Solidarité Peuple animal.

Cette situation financière fragile a des impacts sur la prise en charge vétérinaire pour 64,7 % des associations, sur l’accueil de nouveaux animaux (pour 59,7 %) et l’alimentation (pour 37,6 %).

Un modèle économique qui montre ses limites

Ces trésoreries déficitaires, avec souvent des dettes chez les vétérinaires , mettent en danger les associations loi 1901 à but non lucratif, qui sont financées presque uniquement par la générosité du public.

L’enquête révèle ainsi que «84 % des associations trouvent ainsi leurs revenus dans les dons (53 %) et l’adoption des animaux qu’elles accueillent (31,6 %).

Les subventions ne représentent que 6,7 % des budgets, les activités commerciales (ventes d’objets) 5 % et les legs 3,7 %.»

Beaucoup de petites associations sont invisibles, donc leur travail et leurs besoins sont eux aussi invisibles.

Elles n’ont aucun moyen financier et humain pour communiquer pour des appels à dons. Katia Renard souligne aussi que le prix de l’adoption ne couvre pas la totalité de la prise en charge de l’animal, qui comprend les frais vétérinaires pour vérifier l’état de santé de l’animal, les frais de stérilisation et d’identification .

Ce sont des coûts incompressibles pour les associations.

«Le modèle économique de ces petites structures ne permet pas de survivre, souligne la présidente de Solidarité-Peuple-Animal, et certaines ferment.

Mais lorsqu’une association jette l’éponge c’est une autre association, elle-même aussi fragile, qui doit prendre en charge les animaux.

C’est le cercle vicieux de la précarité !»

Le problème des frais vétérinaires

Pour 81,6% des associations le premier poste budgétaire est celui des soins vétérinaires.

«C’est un gros problème, explique Katia Renard, les tarifs sont libres en France.

Pendant longtemps, il y a eu des négociations entre les associations et des cabinets de vétérinaires pour des remises de 50% sur les identifications et la stérilisation.

Mais depuis le rachat de cabinets par des grands groupes, avec une centralisation des cliniques vétérinaires (comme ce qui se passe aux États-Unis et en Grande-Bretagne), les accords disparaissent peu à peu.»

Elle relate aussi un phénomène nouveau avec les frais vétérinaires élevés : ils peuvent aussi provoquer des abandons d’animaux chez les vétérinaires, par des particuliers qui ne peuvent pas régler la facture.

Les professionnels contactent alors les associations en expliquant qu’ils ont un animal abandonné et s’il peut être pris en charge par elles.

Mais parfois la clinique donne l’animal mais aussi la facture des soins vétérinaires.

Elles ont l’impression de vider la mer à la petite cuillère, d’être seules face à la misère animale

Katia Renard, présidente de l’association de protection animale Solidarité-Peuple-Animal

C’est l’association qui paye, -ce qui la fragilise davantage financièrement- mais ce n’est pas elle qui est responsable de l’abandon de l’animal tempête la Présidente de Solidarité-Peuple-Animal

. «Qui doit payer ?

Pourquoi ne pas créer un fonds de solidarité vétérinaire pour les associations.

Il faut imaginer des choses pour permettre aux petites associations de poursuivre leur travail avec un accompagnement financier pour faire face à la prise en charge des coûts vétérinaires.»

Pour les particuliers qui n’ont pas les moyens de payer les coûts vétérinaires, explique Katia Renard, le dispositif Vétérinaires pour tous permet de réduire les frais: le vétérinaire prend un 1/3 de la facture, le fonds Vétérinaires pour tous un autre tiers et le dernier tiers revient au propriétaire.

Mais les associations n’ont pas accès à ce fonds qui est uniquement destiné aux particuliers.

L’enquête indique aussi que le deuxième poste budgétaire est celui des frais de nourriture  pour 61,7% , suivi du matériel pour 48,8%.

Un épuisement des responsables des structures

Seules 8% des associations ont les salaires en premier poste de dépenses.

La majorité fonctionne en effet avec des bénévoles.

Mais le bénévolat est aussi volatil.

Les gens viennent par période, ne reviennent plus.

Ils viennent quand ils peuvent, quand ils sont disponibles

. «Les associations n’ont pas le choix de ce bénévolat, c’est une nécessité, précise Katia Renard.

Dans beaucoup d’associations les présidentes -ce sont majoritairement des femmes- assument toutes les tâches administratives, les difficultés financières, encadrent les bénévoles, l’accueil, les soins aux animaux.

Les petites associations ne coupent pas le téléphone, souvent le numéro de téléphone donné est celui de la présidente et si on l’appelle à 23h00, elle répond et part faire un sauvetage…»

Cette surcharge peut ainsi aboutir à la souffrance de compassion.

Ce syndrome d’épuisement concerne 9 personnes sur 10 travaillant en refuge ou en association alerte Katia Renard.

«Elles ont l’impression de vider la mer à la petite cuillère, d’être seules face à la misère animale.

Elles sont aussi confrontées aux comportements humains peu reluisants (abandons, maltraitance).

Leurs missions sont lourdes psychologiquement, elles perdent la raison du pourquoi de leur engagement, se referment, peuvent devenir dures parfois.

Solidarité-Peuple-Animal les accompagne pour mettre des mots sur les maux, accepter le seuil de souffrance de compassion et retrouver une dynamique, une motivation un plaisir pour aller aider les animaux.”

Katia Renard insiste sur ce problème.

«À la base, ce ne sont pas elles qui ont abandonné ou maltraité des animaux.

Ce sont des personnes dévouées qui portent tout sur leurs épaules.

Je fais une alerte rouge.

On est en train de les épuiser.

Cela a un impact sur leur vie privée.

En fait, c’est une responsabilité collective !

» Un épuisement psychologiquement, physiquement et financier…

Un appel à la responsabilité collective

Katia Renard appelle en effet à un réveil collectif

«Cette enquête a pour but d’éveiller les consciences des autorités, mais aussi des particuliers, alors que les naissances de chatons vont commencer à inonder ces petites associations.»

Elles gèrent aussi les animaux errants, ceux qui sont perdus.

«La gestion de l’errance animale est un droit régalien des communes», rappelle la présidente de Solidarité-Peuple-Animal.

Les mairies doivent capturer les animaux errants et soit les redonner à leur maître, soit les accueillir dans des structures dédiées (fourrières).

Mais certaines collectivités refusent de s’en occuper, d’autres n’ont pas de fourrières.

«Les animaux errants sont aussi un problème sanitaire qui concerne tout le monde, c’est un problème d’hygiène publique.

Il ne peut reposer sur quelques personnes.

Il faut imaginer comment aider ces petites associations, avec les pouvoirs publics, les collectivités territoriales… il y a un vrai problème.»

Mais les particuliers ont aussi leur part de responsabilités lorsqu’ils n’assument plus leur responsabilité envers leur animal de compagnie, l’abandonnent, ne les stérilisent pas et/ou ne les identifient pas.

«Les gens renvoient leur culpabilité sur les associations, ils transfèrent leur responsabilité, s’agace Katia Renard.

Or ce n’est pas la responsabilité des associations. Rien ne les oblige à l’identification ou à la stérilisation  des animaux !»

Cela relève de la responsabilité de tous et pas uniquement du monde associatif.

«Il ne faudrait pas laisser les personnes qui s’occupent des animaux sur le bord de la route, conclut Katie Renard.

Il ne faut pas que la protection animale soit l’oubliée.

Il y a derrière des humains qui s’épuisent.»

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